Afin d'accompagner une lecture prosaïque un peu roborative:
http://youtu.be/YZzp-yA3x6g

l'hellénisme (suite)

C’est en France, au siècle XIX, que le génie de l’antiquité fut le mieux compris –(avec les Dupuis, Champollion, Fourier, Volney, Mariette, Hugo, Stendhal, etc…) Paris fut la nouvelle et unique Athènes de ce temps-là : capitale des Arts, de la Liberté, de la science. Mais cette France était encore sous l’influence de deux taches originelles laissées par la conquête romaine et franque, l’aristocratie féodale et la superstition. Le romanisme étreint encore ce pays  par son code, son système de compression administrative et de centralisation – la décentralisation étant loin de son achèvement-, sa hiérarchie théocratique, le militarisme, l’uniformité conventionnelle, la régularité méthodique et rectiligne, la tyrannie médiatique. Depuis la Renaissance, l’esprit grec n’avait cessé de s’infiltrer parmi nous par le sentiment artistique, l’originalité des caractères, la libre recherche de vérités nouvelles, l’amour de la nature, l’autonomie de l’individu et des groupes divers. Mais le romanisme a la vie dure et se défend énergiquement. Le combat avec l’hellénisme est loin d’être fini et son issue est incertaine.
Au siècle XIX, Paris était le centre intellectuel du monde, tous les peuples gravitaient autour de lui. C’est par la France que les Grecs ont appris l’existence de leurs ancêtres et ont commencé à s’initier à la grandeur de l’antique civilisation. Mais par la suite ce peuple s’est développé à l’écart de cet hellénisme qui est le culte du beau et du vrai, l’étude sympathique de la nature, l’esprit scientifique, l’adoption d’une philosophie purement « terrestre », en somme la civilisation telle que nous la concevons.
Une des erreurs des temps modernes est de croire que le progrès est un dogme. Il est également absurde de le nier. Ce qui est certain c’est que le travail d’une génération, s’accumulant sur celui de la précédente, produit un total appréciable, une sorte de mouvement, ou tout au moins d’addition, mais qui ne suit pas toujours la même direction. Souvent cela ressemble à la toile de Pénélope. Le mal s’ajoute au bien. Les uns détruisent ce qu’ont fait leurs prédécesseurs. Quand on s’éloigne de la nature et de l’étude de ses lois, comme l’a fait le christianisme, on aboutit à des aberrations, d’autant plus dangereuses qu’elles sont servies par l’outillage perfectionné que bien des générations avaient accumulé dans un autre but.
Cette clarté, cette méthode, cette classification que nous admirons tant chez les Grecs anciens ne se retrouvent plus guère dans l’enseignement et  dans les discussions contemporaines. Quoi de plus agaçant que la querelle des anciens et des modernes ? quel besoin de comparer des époques si différentes ? est-il absolument nécessaire d’établir la supériorité de l’une sur l’autre ? Sans tomber dans l’indifférence regrettable des éclectiques, ne peut-on étudier, analyser, définir en employant, avant de juger, l’impartiale méthode moderne de la critique historique ?
Une néfaste confusion a été établie entre les chefs d’œuvres de l’antiquité  et ses imitateurs maladroits.
Les hommes du prétendu  « grand siècle », exprimant des sentiments modernes et chrétiens avec des images empruntées au paganisme et à un climat oriental, sont ridicules, et on avait raison de jouer avec des perruques leurs tragédies imitées de l’antique. Etudions avec vénération l’antiquité grecque comme un document lumineux, mais ne confondons ni les époques ni les langues.

Les gens qui écrivent sur la Grèce, souvent sans l’avoir vue, se livrent à des débauches de style que la simple observation rend inutiles. Les monuments de la Grèce ne peuvent être séparés du paysage qui les entoure et avec lequel ils s’harmonisent si bien.


Le Parthénon, arraché du sommet de la colline qu’il couronne, loin du soleil qui le dore et de cet azur sur lequel se découpent ses lignes simples et pures, ne produirait aucun effet.

A Paris, la Madeleine, bâtie sur un terrain plat, entourée d’immeubles qui l’écrasent, ne peut donner aucune idée du temple grec. Imaginez-la au sommet de Montmartre par une des rares belles journées ensoleillées que l’on connait parfois à Paris, l’effet sera tout autre. Mais, à l’endroit où elle est, on est choqué d’apercevoir entre ses colonnes l’enseigne dorée d’un marchand, même s’il s’agit du prestigieux Fauchon*.

Les règles du beau ne sont pas arbitraires ; l’ artiste est libre, mais il est limité par la science, la vérité, l’harmonie de la nature. Voilà ce qu’on rencontre dans l’antiquité grecque plus que partout ailleurs : cet accord entre la science, l’art et la nature qui constitue l’ensemble des idées connues sous le nom d’Hellénisme et qu’on admirera tant qu’il y aura une humanité et une civilisation.
Il reste à examiner l’avenir de la race hellénique qu’il  ne faut pas confondre avec l’Hellénisme qui fait partie du patrimoine de l’humanité entière.
Une étude de Constantin Paparrigopoulos nous apprend qu’après la fondation de l’empire romain chrétien, le mot « hellènes » servait à désigner les païens et était péjoratif. C’est seulement à l’époque des invasions arabes et slaves que les empereurs byzantins, qui jusque là se considéraient comme des Romains, éprouvèrent le besoin de chercher un point d’appui dans la race vaincue et employèrent avec déférence des termes que l’on considérait comme injurieux. Au moment de la conquête turque qui sauva la race grecque, Constantin Paléologue, le dernier des empereurs byzantins, engageait, la veille de la prise de Byzance, ses dignitaires à combattre en dignes descendants des Hellènes et des Romains. Il appelait Constantinople « la protectrice et le défenseur de la patrie, joie et espérance de tous les Hellènes ».
Le grec, "langue des hérésies", comme on l'appelait encore au siècle XVI, devint après la conquête ottomane la langue des orthodoxes et le mot "romains" disparut. En 1790 les délégués qui se présentèrent à la cour de Catherine de Russie ne se donnèrent pas comme des Romains, mais comme des Hellènes descendants des Athéniens et des Spartiates. Enfin, la première assemblée d'Epidaure répudia définitivement le nom "romains" et consacra officiellement les noms HELLAS, HELLèNES, ETAT HELLéNIQUE, PANHELLéNION. Constantin Paparrigopoulos
a raison d'attacher de l'importance à la genèse des mots, qui ont parfois plus de poids que les idées. Il est certain que les mots seuls ont empêché l'union des Roumains, des Grecs et des Slaves de la presqu'île des balkans, qui ont fait défection au moment de la guerre d'indépendance : les "races" sont plus divisées que jamais. Elles ont eu le tort de poursuivre chacune pour leur propre compte une hégémonie impossible et n'ont pas compris en 1821 que le principe fédératif pouvait seul assurer leur avenir.

Pour conclure, et parce que certaines vérités passent mieux lorsqu'elles sont énoncées par un autochtone,
laissons la parole à Constantin Paparrigopoulos:
"Malheureusement le royaume oublia pendant cinquante ans le précepte de nos pères: profitez du temps. Et, ce qui est plus triste encore, la première assemblée nationale qui se réunit à Athènes faillit s'aliéner jusqu'aux sympathies des populations homogènes, en les qualifiant d'étrangers et de "non-frères", qui avaient tant souffert    dans la lutte commune à tous les Hellènes. Cependant au milieu de cette inaction et de cette absence d'initiative surgit la GRANDE IDEE de Jean COLETTI, qui devait bientôt supplanter  l'hellénisme. Ce mot avait reconquis son antique signification dans le monde savant de 1823 à 1843. Mais il ne pénétra que plus tard dans la langue du plus grand nombre, pqrce que depuis la crise politique de 1853, il retentit d'un bout à l'autre de l'Orient comme pour protester que la nation nation grecque n'était pas enfermée dans les limites étroites de la Grèce libre.
L'Hellénisme moderne diffère de l'ancien sur plusieurs points. En premier lieu ses traits distinctifs ne sont pas en tout semblables à l'ancien. La nation grecque ne se distingue plus aujourd'hui des autres ni par les institutions ni par l'éducation . De ses anciennes qualités, la nation ne conserve que la langue et le sentiment de son unité. Il est bien établi qu'il existe deux sortes d'hellénisme: celui de l'antiquité, formule intellectuelle plutôt que politique, et l'expression ethnologique que les Allemands lui ont attribuée. Cette dualité est un malheur. Ce qui nuira aux Hellénes modernes, c'est la comparaison écrasante entre le passé et le présent. Beaucoup de touristes sont enclins  à tourner en ridicule les modernes précisément parce qu'ils sont des civilisés comme nous au lieu d'être les demi-dieux que nous nous figurons qu'étaient leurs ancêtres. Quel contraste en effet !  [Héraclès fait dant le béton, Hermès dans la surveillance, Solon est marchand de vin, Alcibiade est garçon de café, Pénélope est caissière de super marché Aspasie barmaid], etc... On est choqué aussi par l'âpreté au gain et l'absence de scrupule avec laquelle les Grecs changent de profession, se disant aujourd'hui médecins, demain ingénieurs, hier taverniers. Cette hâte de jouir, sans travail, rappelle ce que dit Montesquieu de certains peuples primitifs qui pour cueillir le fruit, coupent l'arbre au pied, au lieu de se donner la peine de grimper jusqu'aux branches. Les Grecs voient trop le résultat et pas assez le moyen à employer.
Une fois effacée cette première impression, il en survient une autre non moins désagréable. Certains Grecs instruits, mais énivrés par la glorieuse légende, ont une manière de discuter avec les étrangers, pleine de jactance agaçante; ils parlent comme des boutiquiers qui veulent convaincre un acheteur, niant les faits les mieux avérés de l'histoire, procédant par affirmations sans preuves
, pour en imposer à l'interlocuteur; ces méchants courtiers de l'Hellénisme, habitués à des procédés qui leur réussissent à l'égard des Orientaux, ne parviennent qu'à décourager les meilleurs amis des Grecs. Il est nécessaire aussi, pour juger sainement, de ne pas se laisser influencer par des relations plus ou moins désagréables qu'on a pu avoir avec des fournisseurs ou des gens d'affaires.

Pourtant, chez les hommes de la nouvelle génération, on voit reparaître l'extrême mobilité, la vivacité d'esprit des anciens, l'ardeur politique, l'ambition effrénée des habitués de l'Agora. Mais cette activité fiévreuse étouffe dans ce petit pays, il lui faut un champ beaucoup plus vaste, et c'est seulement dans l'émigration qu'elle peut trouver une pâture suffisante. C'est le cas de tous les petits pays qui ont connu leur grandeur autrefois mais qui sont aujourd'hui écrasés par les vastes agglomérations politiques qui les entourent. Il est évident que la destinée politique, commerciale, financière, ou littéraire d'un jeube homme, à Athènes, ne peut être comparée à celle qu'il peut espérer à Londres ou à Paris.
Une chose tourmente surtout les esprits inquiets de la Grèce contemporaine: la "grande idée" de la restauration de l'empire byzantin. Des publicistes rappellent qu'Alexandre avait trouvé la vraie solution à la "question d'Orient". Mais ils oublient qu'on ne recommence pas l'histoire. Les Grecs ont tort de revendiquer comme une gloire de leur race, le despotisme romain de Byzance dont ils furent les premières victimes, car il leur a imposé le christianisme par le fer et le sang.
L'empire byzantin fut impuissant à lutter contre les Slaves qui aujourd'hui encore sont le plus sérieux danger qu'aient à courir les Hellènes. La doctrine panslaviste, ayant la prétention d'englober Albanais et Grecs, est bien autrement redoutaaable que les Osmanlis. Ces derniers, en détruisant l'empire serbe et en refoulant les Bulgares, ont en réalité sauvé la Grèce. L'empire Ottoman ne fut que le continuateur de l'empire grec. Le sultan se considérait comme "l'empereur des romains". Il donna un sceptre d'or au patriarche de Constantrinople, respecta les écoles et les autonomies communales des Grecs. La langue grecque fut même adoptée comme langue officielle. Si, à cette époque, les Grecs avaient embrassé l'islamisme, l'empire d'Orient leur appartiendrait. La religion les a seule empêchés d'absorber les Turcs, comme ils avaient absorbé les Romains. Ayant conservé  l'hégémonie religieuse et la direction  de l'enseignement des populations chrétiennes, ils auraient pu helléniser toutes les races; mais leur supériorité intellectuelle à eux qui n'étaient pas les conquérants , mais de simples délégués, des inetermédiaires, les rendit odieux. La domination des Phanariontes en Roumanie a laissé un souvenir d'exécration. D'un autre côté, les Grecs eurent le grand tort d'attirer, au sud des Balkans, des Slaves pour leur faire labourer leurs champs au lieu de les cultiver eux-mêmes. Le Slave, qui s'attache à la terre, ne peut pas se déplacer comme le commerçant ou le financier, et c'est pour cela qu'il a tant progressé dans les Balkans. Enfin, après la conquête de l'Egypte par Sélim, ayant mis en possession du kalifat les sultans qui, jusqu'alors, n'étaient pas les chefs spirituels d'une religion, mais des libre-penseurs  tolérants, gouvernant un empire à moitié chrétien, la situation des Grecs se trouva amoindrie. La guerre de l'Indépendance contribua à les isoler, car à ce moment l'ethnologie commençait à faire invasion dans la politique; les Slaves et les Roumains séparèrent leur cause de celle des Grecs. On s'aperçut que les Grecs n'étaient que trois millions en tout, tandis que les Roumains sont trois fois plus nombreux; quant aux Slaves, ils sont attirés par l'immense famille russe, la force exerçant toujours une attraction sur la faiblesse.
Il y a un siècle, tous les chrétiens orthodoxes d'Orient étaient considérés comme Grecs. Aujourd'hui la part de la Gréce, réduite chaque jour  par le slavisme, ressemble à la peau de chagrin. Il est évident que si les Turcs s'en allaient, les Slaves submergeraient les Hellènes. Le salut de ces derniers dépend de leur réconciliation avec les Albanais musulmans et les Turcs de Roumélie. De quelle manière pourrait s'opérer cette entente?  Au moyen d'une confédération analogue à celle de la Suisse. Aucune race, sauf les Turcs, n'étant assez nombreuse pour s'imposer, ni assez supérieure en civilisation pour faire accepter sa direction; l'absence d'une langue commune rendant d'ailleurs cette unification impossible, voici ce qu'il conviendrait de faire:
-émanciper la race arabe et la retrancher de l'empire d'Orient, en lui rendant le kalifat et en réunissant la Syrie et l'Arabie à l'Egypte;
-transformer la presqu'île des Balkans et l'Asie Mineure en république fédérative où toutes les "races" seraient libres et jouiraient de droits égaux. Une émulation salutaire  s'établirait entre ces "races", et la plus grande part serait dévolue à la plus digne.
Les Grecs pourraient alors reconquérir par la liberté, l'instruction et la persuasion, une place que la force ne leur rendra jamais. Que tous ces peuples comprennent la solidarité qui doit les unir, oublient leurs haines religieuses et ne confondent plus les honnêtes populations musulmanes de Roumélie avec le mauvais gouvernement de Stamboul. Cet appel à la conciliation que le révolutionnaire Ali Suavi adressait aux Musulmans et aux Grecs en invoquant les noms d'Avéroès et d'Aristote, finira peut-être par être entendu. On peut proclamer la nécessité de fonder les Etats-Unis d'Orient. Mais si les Grecs veulent conserver la prépondérance, ils doivent d'abord se déchristianiser, puis s'occuper un peu moins de finance et de commerce et un peu plus d'agriculture et d'industrie.
Ce qui assure à la race grecque de brillantes destinées, c'est la noble passion pour l'instruction. L'avenir de la Grèce, disait Capodistria, est dans l'éducation de ses enfants. Beaucoup de Grecs sont frappés par cette idée qui est la seule "grande idée", et leur rappelle celle de Botzaris qui, en mourant, s'écriait: "Qu'on fasse apprendre à lire à mon fils !" C'est en persistant dans cette voie que l'hellénisme nouveau deviendra une réalité. Alors, en pensant à leurs ancêtres, les Grecs, épris d'une louable émulation, pourront répéter le chant spartiate qui exprime si bien le patriotisme: "Nous fûmes ce que vous fûtes, nous serons ce que vous êtes."
C e texte, écrit par un Grec il y a plus de cent cinquante ans, ne pourrait-il pas interroger ses compatriotes du siècle XXI qui paraissent tant éloignés de cet état d'esprit ?

Του ΚΩΣΤΑ ΚΟΥΦΟΓΙΩΡΓΟΥ k.koufogiorgos@eleftherotypia.net

*Ce n'est pas une "pub"! Ledif avait parié de placer le nom de cet établissement dans un texte sur l'hellénisme...

Ετ à présent, un coup de balai ?

 

Les dessinateurs grecs rencontrent les Femmes de Ménage en Lutte !
Onze dessins, onze mois de lutte.

Si une image vaut mille mots, un dessin vaut mille commentaires.
La lutte, depuis onze mois, des Femmes de Ménage au Ministère des Finances grec,
a été enregistrée à travers le regard des dessinateurs de la Presse.
Ceux-ci, en tant que commentateurs de l’actualité politique, ont illustré? de manière vive et réussie,
la forte volonté des anciennes employées du Ministère des Finances à lutter
contre un gouvernement qui se moque d’elles
et qui répond à leurs demandes justes par l’injustice et la répression,
depuis le moment de leur licenciement injustifié il y a onze mois.
“Les dessinateurs ont, grâce à leurs propres armes -dessins et commentaires-
contribué à ce que notre lutte soit largement reconnue par l’opinion publique grecque.
C’est pour cela qu’ils tiennent une place distincte dans nos cœurs. Nous les remercions du fond du cœur!”.

 

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τι μιζέρια

 

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  σας βεβαίωνω !